Et si DSK était marocain...
Par ML, samedi 21 mai 2011 à 22:46 :: Ana-Chronic :: #477 :: rss

(Que celui qui n'a jamais etc. etc. etc.)
Croyez-le ou pas, mais je n’avais aucune intention de parler de cela dans ce présent billet, si ce n’était l’insistance d’un certain nombre d’amis et d’amies qui voulaient absolument que je donne mon avis, moi aussi, sur ce triste fait divers arrivé en plein printemps arabe qui ne finit de faire des siennes. Ce n’est pas que je sois pudique -j’en ai vu d’autres, peut-être moins haut placés, mais qui sont tombés encore plus bas- ou bien que je sois trop respectueux de la vie privée des autres-même si je suis de ceux qui pensent qu’un homme public, de surcroît un politique, doit accepter d’être privé de sa vie privée -mais, tout simplement, parce que je n’ai rien d’autre à dire de plus que tout ce qui a été dit par tous, c’est-à -dire tout et n’importe quoi. Bien entendu, je parle d’abord de mes compatriotes marocains qui ont tous, à l’unanimité (ils aiment bien ça), soutenu sans réserve DSK, qui est à leurs yeux innocent à cent pour cent, sans pour autant blâmer ni condamner la présumée victime parce que, selon eux, elle n’existe même pas puisque, vous l’aurez compris, tout cela n’est qu’un … quoi ? Un complot, bien sûr ! En effet, bizarrement les Marocains ont pris à bras le corps -c’est le cas de le dire- cette affaire pour le moins sulfureuse et qui leur a fait l’effet -c’est encore le cas de le dire- d’une vraie douche froide. Si ailleurs, on a qualifié spontanément l’événement de «coup de tonnerre», ici, chez nous, on peut dire qu’on l’a pris pour un déluge pour ne pas dire la fin du monde. On avait l’impression d’avoir subi un tremblement de terre de magnitude 10 sur l’échelle de Richter. Personnellement, je ne compte pas le nombre d’appels, de sms et de mails que j’ai reçus dès le moment où cette terrifiante et néanmoins excitante vraie info est tombée. Je me souviens que j’étais affaissé dans mon lit en train de regarder d’un œil la télé qui débitait les mêmes mauvaises nouvelles de la journée, tout en écoutant d’une oreille ma douce moitié en train de me raconter les mêmes futilités que la veille, quand j’ai entendu l’inattendu : Dominique Strauss Kahn, dit DSK, l’homme fort qui aimait tellement les femmes qu’il criait haut et fort qu’elles étaient une de ses trois faiblesses principales, aurait été arrêté par le destin, la malchance et surtout par le FBI à l’aéroport de New York dans l’avion qui était à deux doigts de le ramener à Paris, libre et heureux, ce qui aurait été un magnifique bras d’honneur à nos amis américains qui en ont fait pas mal à bien du monde. Depuis, ici comme ailleurs, mais j’ai l’impression que chez nous, c’est bien plus qu’ailleurs, on ne parle plus que de ça. Pourtant, des heurts et des malheurs, il y en a eu cette semaine ici, mais, c’est vrai, ils sont beaucoup moins sexy. Il y en avait que pour le malheureux et le mal en point DSK. Je vous assure que j’en ai vu même qui pleuraient sur son sort comme s’il était déjà mort. Oui, c’est vrai, il est mort un peu, et même beaucoup, mais, entre nous, si ce qu’il a fait est vrai, il l’aurait un peu cherché. Justement, franchement, j’ai beau chercher, je ne suis pas encore arrivé à comprendre pourquoi nous les Marocains, nous nous sommes tellement attendris sur ce bonhomme qui, jusqu’à preuve de contraire, ne nous avait encore rien donné -et pourtant, il en avait bien de quoi- et n’est pas, à ce que je sache… tout à fait Marocain. Oui, je sais qu’il a une femme immensément belle et, paraît-il également immensément riche qui aimait bien jadis cuisiner les grands de ce monde en les fixant de ses yeux azur plus merveilleux qu’une carte bleue, qu’il possède à Marrakech un petit riad qui serait, selon quelques curieux, un vrai petit palais où il vient de temps en temps s’éclater en famille, loin du FMI, des crises et des famines, mais, franchement, de là à faire tout un tajine avec ses salades redoutables et ses escapades incontrôlables, voilà un pas que, quant à moi, je ne franchirai pas. Blague à part, je crois quand même avoir trouvé une explication à cet intérêt démesuré de mes concitoyens marocains pour cet homme hors du commun et, hélas, sans doute bientôt, hors de tout. Personne ne l’a formellement exprimé, mais nous l’avons probablement tous pensé très fort : et si, un jour, ça arrive à quelqu’un de «bien», et, bien sûr, bien de chez nous ? Elle est bien «bonne», cette question, n’est-ce pas ? En attendant que quelqu’un se hasarde un jour à me répondre, je vous souhaite un week-end familial et pépère, et vous dis vivement un changement… coquin et vivement vendredi prochain.
(Ce billet a été publié dans Les Echos daté du vendredi 20 mai)



Commentaires
1. Le dimanche 22 mai 2011 à 04:05, par Ahmeden
2. Le dimanche 22 mai 2011 à 09:35, par M'gharbi
3. Le dimanche 22 mai 2011 à 11:42, par Bilal
4. Le dimanche 22 mai 2011 à 11:49, par Bilal
5. Le dimanche 22 mai 2011 à 14:48, par M'gharbi
6. Le dimanche 22 mai 2011 à 14:54, par Bilal
7. Le dimanche 22 mai 2011 à 14:57, par Bilal
8. Le lundi 23 mai 2011 à 17:26, par M'gharbi
9. Le lundi 23 mai 2011 à 23:18, par ML :: site
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.