Je suis désolé de démarrer cette si belle rubrique avec un machin aussi dégueu, mais, je vous jure que l’image que vous avez sous les yeux, je la vois, depuis plusieurs mois, plusieurs fois par jour. Elle me poursuit jour et nuit. Elle m’ennuie le jour, elle nuit à ma santé et à ma tranquillité, la nuit. C’est simple : elle me hante. Pire : elle m’habite. C’est normal : cette image aussi sale se trouve dans ma propre rue. Elle est à deux pas de chez moi. Et mon chez moi à moi se trouve, par le plus curieux des hasards, à trois pas, pas un pas de plus, pas un de moins, de l’administration la plus officielle et la plus sacro-sainte de la ville de Casablanca : l’Arrondissement de Sidi Belyout. Avant que cette catastrophe ne se déclenche, il y avait un mur. Il n’était pas beau-beau, le mur, mais bon, il était là, et il faisait son boulot de mur : il cachait ce qu’il y avait derrière le mur. Et puis, un beau jour, un jour maudit, il y a des mois, sans prévenir, le mur s’écroula, et un immense tas de sacs dégoulinants et puants s’écoula… dans la paisible rue. Du trou béant, on découvrit et on vit qu’il y avait toute une vie derrière : d’abord un tas de débris de toutes sortes et de toutes origines, mais aussi, ceci expliquant cela, de vieux ou vieillis clochards cohabitant allègrement, avec de chats vigoureux car charognards. Dès la découverte subite de cette grotte d’un autre monde et au vu des dures ordures qui envahirent une bonne partie de la rue et empêchèrent ses habitants de circuler normalement, je me suis dit que vu la proximité salutaire de nos charmants et fidèles élus, en moins d’une, cette dune indigne de dignitaires comme nous va, aussi subitement, disparaître. Tu parles ! Rien ! Et pourtant, tout le monde la voit, tout le monde en parle, mais justement, personne ne parle. Pourtant, quand il y a eu les derniers attentats dits de « Moulay Youssef », c’est dans une bâtisse mitoyenne que les sécuritaires venus en force, accompagnés de nos chers représentants, ont découvert un des « attenteurs » qui d’ailleurs, s’était avéré, en fin de compte, n’être qu’un pauvre clochard sale et ignare. Ils ont tous vu le mur défoncé, la rue ensevelie, et les chats qui, grâce aux sacs qui leur servent d’escaliers, rentrent et sortent tranquillement dans la demeure où ils ont, sans pression ni trucage, élu domicile. Personne ne va les déranger et personne ne veut les déloger. En attendant, au prestigieux boulevard d’Anfa, au Gigantesque Mur des Lamentations, il n y a pas un chat. C’est lamentable ! Pourtant, paraît-il, « Le Maroc change ». À à la prochaine.

PS : ceci n’est qu’un exemple domestique, primaire, et, je l’avoue très terre-à-terre. Il y en a tellement d’autres. Mais, comme on dit, il y a un début à tout.