En fait, il n y a pas d’explications. Les choses sont claires et évidentes : on a voulu me rendre hommage, et c’est une forme comme une autre de le faire. Moi, ce que je trouve dommage, c’est qu’on ait commencé par une rue. Mais, comme disent les arrivistes qui finissent toujours par arriver un jour à être un peu quelque chose : il y a un commencement à tout. Le reste suit. En principe. Il faut vous dire que le jour où je l’ai appris, je suis resté sceptique. Incroyable ! Moi, mon nom à moi donné à une rue ! Qui l’eut cru, Lustucru ! Moi le revanchard qui rue tout le temps dans les brancards, donner mon nom à une rue ?!? Moi le rigolo qui rit de tout et de rien, donner mon nom à une rue ?!? Moi, le chaud lapin, tout le temps en rut, donner mon nom à une rue ?!? Moi qu’on trouve toujours rude, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que je rudoie comme il se doit tous ceux qui ont chez moi une place de choix, donner mon nom à une rue ?!? Nom d’une rue ! On aura tout vu ! Pourtant, après tout, à bien réfléchir, vraiment, honnêtement, objectivement, ça n’a rien d’étonnant. D’abord, je suis beau, et ça se remarque. Je suis intelligent, et ça s’entend. Je suis brillant, et ça crève les yeux. Et je suis modeste, et comme moi, il n y a pas mieux. Et c’est tout. C’est largement suffisant. Baraka. Justement, j’avais oublié, à propos de baraka, et ça, vous le saviez déjà, je suis un chérif. En quelque sorte, un saint. Sain et sauf. Sauf quand je fais des bêtises, mais, ça, à nous les chorfas, c’est permis. C’est admis. C’est même conseillé par nos saints patrons. Je vous explique : les bêtises que de temps en temps, on s’autorise, servent, pour vous le commun des mortels, de balises. De guides. D’itinéraires. De plans. Et, on y arrive : qui dit « plans », dit « rues ». Et quand on a dit « rues », on ne dit plus rien. On aura tout dit. La boucle est bouclée. Conclusion : on a décidé à donner Mon Illustre Nom à une rue, en attendant l’avenue, pour que cette rue vous serve de guide pour que vous puissiez retrouver le droit chemin. Voilà, mes enfants, vous savez tout. Et ouste, les incrédules, les envieux et les jaloux ! Et si les voies du Seigneur, nous dit-on, sont impénétrables, Ma Rue, elle, est tout à fait accessible. Mais, elle est à sens unique. Comme Moi. Comment ? Moi, mégalo ?!? Mais, pas du tout ! Juste parano. Un peu. Juste ce qu’il faut.

"PS : Cette rue, je ne l’ai pas inventée, et elle existe bel et bien. Mais, entre nous, elle ni belle, ni bien. Vraiment, je mérite mieux. Pas vrai ?''